Aujourd'hui, c'est moi qui décide ! Je ne veux plus de cette vie. Elle est une torture, une insulte. C'est moi qui décide. Et je décide de la rejeter. Je suis maître de la situation !
Et si le courage me manque, si je suis tenté de me lever, de tout arrêter, je penserai à lui. A lui qui m'a repoussé. Pas aux autres, ceux qui m'aiment, mais à lui qui ne m'aime pas, ne veut pas m'aimer. Ne veut même pas essayer. Son sourire ! Il est devenu une douleur. Non, tout en lui m'a perdu, m'a entraîné dans cet abîme. L'abîme de la mort contre le vide de ma vie. Quelle différence ?
Dieu, que la tête me tourne. Dieu... Pourquoi m'adresser à toi ? Es-tu là ? As-tu déjà été là ? As-tu entendu mes prières ? Allez, Dieu, réglons nos comptes ! Comment un Dieu de miséricorde a-t-il pu concevoir une telle créature si près de moi et me le refuser ? Dans quel but ? Ma souffrance ? Tu as gagné ! Je souffre. Au point de ne plus vouloir de la vie. Alors, fier de toi ? Je te rends mon avenir. Donne-le à une autre. Tu ne me montres que le gouffre, alors je m'y dirige.
Je n'ai pas peur.
Ne penser qu'à la méthode. Le cône de papier fume encore. M'étourdir un peu plus. Voilà, mon esprit flotte, bercé par la fumée et l'alcool. Bientôt les cachets. C'est la méthode. Je transpire. Pas de peur.
Encore quelques secondes.
Penser à lui.
J'avais décidé de tout lui dire. Aujourd'hui, pour me libérer de mes doutes. Savoir, enfin. J'avais préparé... Mais avais-je besoin de préparer ? J'étais plein de mes mots pour lui. Mais il ne m'a pas écouté, n'a pas voulu comprendre. Je lui ai parlé de notre amitié. Le début de l'histoire.
- Mais c'est terminé, Sabrina ! a-t-il répondu en souriant.

